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La Baraka de Boujaâd

الخميس 3 حزيران (يونيو) 2010

L’impact de l’histoire n’est pas étranger. Les petits «drouba» qui mènent à la dernière demeure de Bouaâbid Charki racontent silencieusement le parcours d’un homme pas comme les autres.

Malgré un relooking extrême, les murs de ces ruelles n’ont pas perdu l’empreinte du temps. L’antiquité spirituelle des lieux procure une étrange sensation d’émoi, d’effroi aussi. «Sidi Bouaâbid est toujours parmi nous. On sent sa présence et on sait qu’il veille sur nous» témoigne Souad, une «nekkacha» qui passe sa journée près du mausolée afin d’assurer un revenu à sa famille. «Sidi n’a jamais abandonné la région. Regardez comment c’est devenu. C’est grâce à sa bénédiction» ajoute la bonne dame, toute excitée. En traversant le petit labyrinthe d’artères meublées de boutiques où chapelets, accessoires et décors s’entassent, le silence des lieux presque déserts en ce vendredi après-midi est lourd. Après une centaine de mètres, une grande porte couleur bronze cloutée et solidement fermée s’impose et laisse présager la fin d’une exploration. «Lalla, faites votre «Ziyara» de là. Le mausolée de Sidi est en plein réaménagement depuis six mois. Personne ne peut y entrer» explique Mohammed, énième petit fils de Bouâbid Charki. Et c’est là qu’un défilé de prières est entamé. Pris d’une soudaine transe, le jeune homme évoque la Baraka de son aïeul et prie à voix haute afin que le v?u de la visite soit exaucé. «Sidi vous a aimée. Je le sens. Regardez comment il fait beau ! Le v?u tant convoité vous sera exaucé aujourd’hui avant demain » promet-il. Néanmoins, il ajoute aussitôt que « tout dépend de la Baraka que vous allez offrir à Sidi». L’offrande du Saint, c’est tout un art. Alors que les Boujaâdis n’ont plus à «offrir de baraka» ou du moins, quelques sous suffiront, ce n’est pas le cas de nouveaux visiteurs qui doivent être plus généreux avec Bouaâbid Charki. Ceux qui ont la malchance de venir sans monnaie n’ont pas intérêt à en demander aux boutiques d’à côté : dès qu’un billet de 100 dirhams apparait, ceux qui survivent grâce au défunt entourent le visiteur et le lui arrachent gentiment. «On se partagera l’offrande au nom de Sidi» dit-on après une pluie de prières et d’implorations.

Zaouia Charkaouiya, la maison du Saint

Entre Moulay Brahim à Marrakech, Sidi Abderrahmane à Casablanca ou encore Sidi Ali Ben Hamdouch à Meknès, Bouaâbid Charki de Boujaâd représente toute une légende mystique dans la mémoire des Marocains. Son histoire a touché plus d’un et fait la fierté de toute une communauté. Avant la fondation de la Zaouia Charkaouiya, l’aïeul de Sidi Brahim Boulaâjoul et de Sidi Larbi Bensayeh a installé une tente, creusé un puit et construit une mosquée. Et c’est ainsi que cet empire spirituel a vu le jour et continue d’attirer tous les adeptes du monde de par sa réussite et son dévouement. La Zaouia, qui était une étape d’escale pour les caravanes commerciales reliant les centres de Fès et de Marrakech à travers Tadla, Zaer et Meknès, a créé des Méderssas qui ont offert un bagage spirituel des plus riches. Entre l’école de Laâouina, de Cheikh El Maâti et Al Hassania, les institutions religieuses ont fait de ce centre de spiritualité traditionnelle par excellence une Zaouia hors pair. «On est une association de Madih qui chante pour Allah et qui apprend aux jeunes les préceptes de la religion musulmane. On donne les leçons dans les mosquées et on encourage les bonnes œuvres» explique El Haj Mohammed Habib Naciri Charkaoui, Président du Conseil des Oulémas de Khouribga et chef de la Zaouia Charkaouia. «Sidi Bouaâbid a excellé. Si l’Orient a les «Anbiyaa», le Maroc a les «Awliyaa» ajoute-t-il. Selon Lahcen Haddad, professeur universitaire au Maroc et aux Etats -Unis qui a effectué des enquêtes sur la ville de Boujaâd d’où il est originaire. «la Zaouia a joué un rôle de propagation d’une culture raffinée, de philosophie, de transe… Elle a mis en place une culture citadine qui a créé une symbiose avec la culture bédouine de Boujaâd. C’est ainsi qu’Abidat Erma ont entrecroisé la musique Souffie ce qui a donné lieu à d’autres genres de musiques et d’arts». Par ailleurs, son Moussem annuel dédié à la mémoire de Sidi Bouaâbid Charki attire les curieux qui découvrent le pouvoir de cette petite ville et le halo de spiritualité qu’elle s’est construit au fil des siècles. «On devrait maintenir ces manifestations organisées à l’honneur d’un Saint. Cela ne touche nullement la religion. Restaurer cette tradition des Moussems par le ministère des Habous et des affaires islamiques est une forme de sauvegarde de l’identité de l’Islam et de la tradition du pays» défend Fatima Akil, sociologue. Cette année, les Boujaâdis restent orphelins de leur Moussem, vu que le mausolée de Sidi Bouaâbid est en plein réaménagement et ne sera prêt qu’après quelques mois.

Les Saints au Maroc : «Chirk» ou simple vénération ?

Réalisations de bonnes œuvres, origines des Chorfas ou encore une Baraka sans plus, les Saints au Maroc ont plus d’une corde à leur arc. Leur mémoire reste l’exemple pour toute une société sans pour autant virer vers la vénération exagérée. Plusieurs livres ont été consacrés à ce sujet et la matière continue de susciter autant d’intérêt. En effet, Zakia Zouanat, la célèbre anthropologue et chercheur à l’Institut des études africaines de l’université Mohammed V, à Rabat vient de publier un livre sous le titre «le Royaume des Saints» où elle dresse les biographies de plus de soixante-dix hommes et femmes de sainteté qui appartiennent à diverses époques. «Il est ainsi possible aux générations contemporaines de découvrir la sainteté et la piété d’un point de vue nouveau dont l’objectif serait de rendre aisée la continuité culturelle et de permettre une lecture moderne du patrimoine soufi à l’intérieur du Maroc et à travers ses prolongements reconnus dans le monde» souligne l’anthropologue. Pourtant, certaines catégories sociales oublient que le Saint défunt n’est pas Dieu et qu’ils sont en plein délire de «Chirk». «Au sein de la Zaouia, on apprend aux gens la culture de la «Ziyara» : accomplir une prière de deux prosternations, lire la Fatiha pour le Saint et demander à Dieu seul d’exaucer le souhait» défend El Haj Habib Naciri. Selon un groupe de jeunes Boujaâdis, les femmes sont les plus concernées par ce phénomène. Suite aux problèmes et pressions qu’elles subissent par la famille, le mari ou encore le quotidien, elles jettent leur dévolu sur un Saint qui ne devrait être qu’un intermédiaire pour s’approcher de Dieu afin d’exorciser le mal. «Il faut faire la différence entre le religieux et le sacré. Le premier consiste en la pratique d’une religion monothéiste alors que le second est une gestion de valeurs surnaturelles qui ne collent pas toujours avec la religion» affirme Mustafa Naïmi, anthropologue. «Quand la croyance envers ces Saints est exagérée, il s’agit d’un monopole sur les dogmes de la sacralité et un contrôle sur les consciences. C’est un pouvoir temporel qui atténue ou attise les conflits» ajoute-t-il. La faille de l’analphabétisme accentue le problème puisqu’une bonne partie opte pour ces Saints en leur demandant de leur exaucer leurs v?ux les plus chers. «Les Saints sont des gens qui ont perpétué une tradition mais cela prend d’autres dimensions quand c’est question de «Chirk». Au nom de la modernité, ce sont des principes à bannir» s’indigne Fatima Akil. Pourtant, selon Lahcen Haddad, «la culture ne suit pas toujours la modernisation. L’entrecroisement entre l’aspect profane et les festivités traditionnelles comme la musique souffie, la Tbourida, la Jedba crée un espace sacré qui n’a rien à voir avec la modernité». Toutefois, on ne peut s’empêcher de remarquer une horde de voitures de luxe devant le mausolée de Sidi Bouaâbid Charki. Simple coïncidence ou est-ce bien une bonne élite qui tend vers la Baraka du Boujaâdi ? Vénération ou Chirk ? telle est la question…

Boujaâd, la cité des Chorfas

A quel saint se vouer ? C’est dans la région de Bouaâbid Charki que la question devrait se poser. Surnommée le petit Fès, la cité des Chorfas abrite une myriade de Saints qui la rendent autant spirituelle que culturelle. Situé entre Khouribga et Beni Mellal, Boujaâd rafle la mise en matière de menuiserie, de tapisserie, de textile et de construction. C’est une région qui a su joindre l’utile à l’agréable et conjuguer son aspect pittoresque avec la modernité. Le portrait qu’elle dresse correspond parfaitement à son esprit. Quand les petites ruelles de la médina jouxtent les étendues de palmiers entourant le centre et les routes parfaitement goudronnées, on devine la voie que la ville de Bouaâbid Charkaoui a empruntée : s’adapter à l’essor du pays sans pour autant abandonner ce qui a fait sa renommée : son culte traditionnel et la baraka de ses Chorfas. «C’est une ville Zaouia sans remparts qui présente une épaisseur historique et culturelle. C’est une médina en réhabilitation qui se projette dans le temps» explique El Habib El Malki, ancien ministre de l’Enseignement. Simple mais affirmé, même son nom est inspiré d’un arbuste local aux fruits amers, la Jaâda qui poussait dans les environs. Mais ce qui caractérise le plus cette région, c’est l’élite dont elle accouche. Entre Mohamed Yassine El Mansouri, Mly Tayeb Cherkaoui, Mohammed Cherkaoui et Amir Peretz, l’ancien Ministre de la défense d’Israel, la liste est longue… Bouaâbid Charki y est pour quelque chose. Depuis sa fondation, la région de Boujaâd fut le carrefour de cultures, de spiritualité, de préceptes et d’apprentissage. L’entrecroisement avec la communauté juive qui représentait une bonne partie de la population Boujaâdie a installé une tolérance introuvable dans d’autres régions. Les musulmans côtoyaient les juifs en fréquentant les mêmes écoles, les mêmes demeures ou encore les mêmes bains. Les synagogues étaient côte à côte avec les mosquées et les tombes des Saints Musulmans rivalisaient de nombre avec celles des Saints Juifs. Ce mixage a fait de la ville de Boujaâd une région où la guerre et le racisme n’avaient pas de place. Il a également permis une ouverture culturelle, spirituelle et religieuse vers d’autres horizons sans pour autant renier ses origines ou omettre ses traditions. La ville de Boujaâd a avancé seule, s’est développée et a raflé la réputation d’un petit Fès intouchable en matière de respect des coutumes et des principes. Son élite a insisté pour la faire ressortir de son obscurité et elle a réussi non sans difficultés. A présent, les Méderssas qui ont formé les plus grands oulémas du Maroc ponctuent une ville on ne peut plus moderne. Les multiples voitures aux immatriculations européennes prouvent que même ceux qui ont dû quitter trop tôt cette petite ville ne peuvent s’empêcher de la visiter, de prendre la Baraka de ses saints et de découvrir ce qu’elle est désormais devenue. Dans cette région de Chaouia-Ouardigha, Boujaâd est le puit de l’intellectualisme par excellence, le concentré de toute une génération avide d’exploration et munie de toute une bénédiction. C’est Boujaâd, la ville des saints…

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